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LIVRES & CD SUR LA GENEALOGIE, L'HISTOIRE DES FAMILLES, LA NOBLESSE, L'HERALDIQUE, LES ORDRES DE CHEVALERIE, L'ETYMOLOGIE ET LE REGIONALISME




LA NOBLESSE DES COËTANLEM.

(extrait de"Ces Messieurs de Morlaix tome 2", Les Coëtanlem)

Ce livre de genealogie est disponible aucataloguede"Mémoire & Documents"

"CES MESSIEURS DE MORLAIX, Les Coëtanlem" de Hubert de Langle,
MM2, 1998, Tome 2, 1 volume, broché, 224 P., 32 €
Tout puissants à la Renaissance, régnant sur la Manche et l'Atlantique, traitant avec les ducs et les rois, les Coëtanlem connurent ensuite une éclipse ; puis sombrèrent peu à peu dans l'oubli. Ils vécurent alors des fortunes diverses, du tabellion au gentilhomme, en restant enracinés dans le pays de Morlaix. Chaque chapitre de cette étude éclaire un point particulier de l'histoire locale. Une genealogie complète est donnée en fin d'ouvrage (table des noms cités et genealogie)

RECHERCHE SUR LEUR ORIGINE : UNE NOBLESSE ANCIENNE ?

Dès le XVIe siècle, à tort ou à raison car ils ne semblent pas s'êtreprésentés aux réformations ducales de 1427 qui furent jugées comme trèssûres par la chambre de réformation de 1668, la noblesse des Coëtanlempassait pour ancienne ; cependant, il n'a pas été pas possible, aujourd'huicomme au XVIe, XVIIe et XVIIIe, de remonter leur genealogie au-delà de YvonCoëtanlem et Catherine Calloët son épouse. Notre opinion est que nous sommesen présence d'hommes nouveaux qui vont bientôt éclipser les quelques familless'enorgueillissant de racines plus anciennes. Une partie de ces "nouveauxriches" de la Renaissance va bientôt s'agréger à la noblesse, s'yallier, la patine des temps faisant le reste.

Les quelques rares et incertaines citations à leur sujet ne permettent pasd'en tirer de conclusions :

- Faut-il voir un Coetanlem sous le nom improbable de"Eon deQuoetchailleen" lors de la montre de Geoffroi de Kerimel, le 29 avril 1378à Avranches? (Dom Morice)

- En 1407, un Coatanlem fait une donation à la chapelle Notre-Dame de laFontaine.

- du 8 février 1408 à la même période de 1409 Henry de Quoitanlem estfermier de la coutume de la toile à Morlaix .

Mis à part les corsaires et armateurs Jean, Nicolas et Christien Coëtanlemqui firent fortune dans le commerce maritime et les offices, les membres decette famille furent de tout temps assez peu argentés. Ce manque de fortune lesmaintint dans une situation assez modeste, au point qu'il se virent mêmeplusieurs fois contester leur qualité de nobles.

L'appartenance au second ordre conférait non seulement des avantageshonorifiques et des facilités d'accès aux charges les plus honorables del'état, mais encore elle procurait des avantages pécuniaires tels quel'exemption du fouage, du droit de franc-fief, de la plupart des péages etcoutumes, du logement des gens de guerre et des corvées. Tout passage du tiersà la noblesse portait préjudice aux finances royales ou lésait lescoparoissiens du privilégié. C'est pourquoi l'un des objectifs desréformations ducales, conduite sous forme d'enquêtes dans chaque paroisse, futde recenser, et par là limiter, la population noble et exempte de certainsimpôts.

Leurs services militaires

Si les nobles avaient le privilège d'être exempts de certains impôts, ilexistait néanmoins une contrepartie, parfois lourde à supporter. Seuls lespossesseurs de fiefs, les nobles à l'origine, devaient à leur seigneursuzerain, à cause de leur fief, le concours de leur personne en armes.L'importance de l'armement était réglé par mandement des Ducs en fonction durevenu. Quand les bourgeois acquéraient des terres nobles, ils devenaient parlà même sujets aux armes à la place de leurs devanciers. Les terresroturières payaient l'impôt de remplacement : le fouage.

A la montre de l'évêché de Tréguier à Guingamp en janvier 1479, ontrouve pour la ville de Morlaix, paroisse Saint-Mahé (Mathieu) : NicolasCoetanlem, archer en brigandine et Michel Coetanlem.

Les 4 et 5 septembre 1481, tous"les nobles, ennobliz et autressubjects aux armes de l'Evesché de Tréguier" firent montre à Lannion. Acette montre comparurent les nobles de la ville close de Morlaix et de laparoisse Saint-Mahé (Mathieu). C'est au quatrième rang en terme de revenusqu'apparaît Nicolas Coëtanlem avec 120 livres de rentes déclarées (villeclose). Il se fait remplacer par un modeste archer en brigandine, Marc LeLagadec.

C'est ce que confirma le 4 décembre 1483, une enquête faite par Jehan deLesmaes, seigneur de Lesmaes, sénéchal de la cour de ...., Jehan et Guyon deKersulguen étant officiers royaux, rappelant que le sr Coetanlem de Keraudyétait noble "subject aux armes et montres et aux armes lors qu'il estoitmandé comme les autres nobles dud. pays et que mesmes il estoit proche parantdu seigneur de Bourouguell pour lors de par son père..."

A la fin du XVe siècle, le 14 juillet 1488, le duc François II, pourremercier Nicolas Coëtanlem, lui accorda "franchise exempcion et libertéde fouaige ... pour ses héritaiges et les y demourantz en la paroesse dePloezoc'h, en considération et contemplation des bons, gros et agréablesservices que led. Coetanlem et les syens avoient faict au duc; et démonstrantle duc avoir désir de son continuel service, apposa la clausule en sonmandement, pourveu que led. Coetanlem eust servy led. seigneur en armes... ainsique les autres nobles de son pays et duché..."

En 1487, avec Olivier de la Bouexière, Christien Coëtanlem reçut 800livres pour avoir avitaillé un navire du Duc; il était capitaine du navire"le Grozet" en 1487 (le maître étant Daniel Symon) et à ce titreexempt de fouage avec l'équipage pour s'être distingué contre les français.Le capitaine commandait aux troupes embarquées alors que le maître s'occupaitde la marche du navire.

Christien Coëtanlem, seigneur de Keravel, fut représenté par Jean LeFeuvre "en brigandine, salade, espée et javeline" à la montregénérale des nobles de l'évêché de Léon au Minihy le 25 septembre 1503.Son petit fils, Christien Coëtanlem, écuyer, seigneur de Keravel, figure entant qu'archer aux montres de Léon tenues au Minihy le 15 mai 1534 et àSaint-Renan le 24 août 1557.

Les Réformations

Les Réformations avaient pour but de préciser la qualité des personnes auregard de l'impôt. Si les Coëtanlem ne parurent pas à celle de 1427, ilsfigurèrent aux Réformations suivantes.

Lors de l'enquête faite en 1448 sur commission du Duc pour connaître lenombre des "nobles, métayers et autres exempts et supportez ès paroissesde l'évesché de Léon" : à Plougoulm, on trouve :

- nobles : Jehan Coëtanlem,

- métayers exempts : celui de la terre de Bourret, appartenant à JehanCoëtanlem et"est son principal lieu et son père y demeura etdécéda". En effet, tout seigneur qui n'exploitait pas lui-même sa terreavait droit à l'exemption du métayer exploitant "son principallieu". François Coëtanlem, écuyer, seigneur de Coëtleau, passa à laréformation de 1535 à Plusquellec où est mentionné "le manoir deCoëtleu appartenant à François Coëtanlem, noble homme".

En 1538, Jean Coëtanlem "confesse que les Coëtanlem ont de tout tempsanciens et immémorial partagé leurs biens noblement, deux parts et tiers,ainsi que les autres gentilshommes du païs et Duché, ... que de plus ancienztempz il avait partagé dans la famille des Coëtanlem leurs biens comme d'entiennechevalerie, a viage, selon l'assise du comte Geffroy, et soutenu que jamais ilsn'avoient faict de traffic ny commersse de bourse commune"

La réformation de 1543 qui fut la dernière avant celle de 1668, faitmémoire en la paroisse de Saint-Melaine de Nicolas Coëtanlem"noble"et déclare qu'il "a acquis la pièce de Penanrue en la par. de Ploëjehan,de même que le manoir de Keraudy, celui de Trieffvin et celui de Kerivalen enla paroisse de Ploëzoc'h"

Les modes de preuve

La Coutume de Bretagne distinguait les biens nobles des biens roturiers, etdonnait à l'aîné un certain nombre de droits lors des partages successoraux :

"ART.541. Les maisons, fiefs, rentes de convenans & domainescongéables nobles, & autres terres nobles, soient d'ancien patrimoine oud'acquêt, et les meubles, seront partagés noblement, entre les nobles qui ont,eux et leurs prédécesseurs, dès & paravant les cent ans derniers, vêcu& se sont comportés noblement. Et aura l'aîné par préciput, ensuccession de pere & de mere & en chacune d'icelles, le chateau ouprincipal Manoir, avec le pourpris qui sera le jardin, colombier, & bois dedécoration & outre les deux tiers. Et l'autre tiers sera baillé auxpuînés, par héritage, tant fils que filles, pour être partagé par l'aîné,entr'eux par égales portions; & le tenir chacun desd. puînés, commejuveigneur d'aîné en parage & ramage dudit aîné."

"ART.548. Et quant aux terres roturières qui se trouveront auxsuccessions tant directes que collatérales, seront partagés également entrel'aîné & puinés, le choix et élection réservé à l'aîné, après queles lots auront été faits & reçus entr'eux."

C'est à dire que les cadets avaient intérêt à ce qu'il y ait une grandeproportion de biens roturiers dans les successions, et les aînés à ce que laproportion soit inverse. C'est ce que fit Louis Coëtanlem en 1567, disant etsupposant que l'origine des biens résidait dans le commerce. Pour éviter unebrouille, et surtout une procédure à l'issue peut-être incertaine, un accordintervint et il reçut 750 livres de Jacques Coëtanlem.

Le partage noble avait une grande importance, non seulement pour laconservation du patrimoine, mais encore parce que ce sont les actes dressés àl'occasion de ces partages qui servaient à prouver la noblesse. L'articleprécité ouvrait même la porte à la prescription acquisitive de la noblesseen réclamant comme preuve la possession centenaire.

Pour qu'il y ait partage, il fallait encore qu'il y eut un minimum de biensà partager. A défaut, le port d'une qualification nobiliaire, telle que"noble homme" ou"écuyer" lorsqu'il n'était pas contestépar le groupe social ou l'autorité publique consacrait aussi l'appartenance àla noblesse.

UNE NOBLESSE CONTESTEE

Lors d'une enquête faite en 1539 par la commission de réformation dudomaine royal, le fisc avait tenté de soumettre au fouage la postérité deNicolas Coëtanlem, sous prétexte qu'il s'était occupé de marchandises.Impôt foncier par excellence, le fouage se prélevait uniquement dans lesparoisses rurales et s'adressait exclusivement aux roturiers.

Ses descendants, parmi lesquels figurait François de Goëzbriand, fils deMarguerite Coëtanlem de Keraudy, protestèrent. Il y eut en 1539 une enquêteoù furent entendus 17 témoins. Tous s'accordèrent à déclarer que lesCoëtanlem étaient déjà à cette époque une famille de vieille noblesse, etque, pour ce qui concernait Nicolas Coëtanlem, il ne s'était occupé demarchandises que pour la construction et l'avitaillement de la Cordelière.

Sur ce dernier point, les différents témoignages de cette enquête furenttrop complaisamment inexactes. Jehan Boesel"dict n'avoir veu ledit(Nicolas) Coatanlem faire aucun train ne trafficque de marchandise" ;Richart Henry "l'a veu se gouverner, régir et tenir noblement et commehomme de condition noble, et a veu ledict Yvon Coatanlem, Nicolas et Jehan, filsdudict Nicolas, servir aux Ducs, princes et roys..." ; ces dépositionsétaient même mensongères car il était de notoriété publique que la grandefortune de Nicolas Coëtanlem avait été faite dans la guerre de course etsurtout dans le grand commerce maritime. Un registre de ses trafics etopérations commerciales conservé aux archives du Finistère, ne permet aucundoute à cet égard. Cela, du reste, ne rend aucunement suspecte la réalité dela noblesse des Coëtanlem.

A la même époque, une enquête de 1539 faite par Pierre Torel, lieutenantde la cour de Lesneven, à l'instance de Jehan Le Borgne pour prouver leurnoblesse nous renseigne sur les critères qui étaient alors retenus; certainssont inattendus. Françoise de Goezbriand, demoiselle âgée de 60 ans :

"... recorde avoir ... veu led sieur de Kerguidou, ses frères, pèreet ayeul respectivement et successivement vivre et se gouverner noblement etparler estat de noblesse comme les aultres nobles du pays, tant par vivre deleurs revenus et avoir de quoy le faire, et aussi par tenir bonne et honnestemaison en laquelle elle a veu les nobles du quartier estre bien et honorablementrecueillis, que en accoustrement qu'ilz portent distinctz et séparés des nonnobles aud; quartier et comme nobles gentz les a veus par led. temps nommé etappelé gentilz hommes de noms et d'armes..."

Ce sont là des preuves testimoniales où les méandres de la mémoire et lapression sociale n'apportent pas la rigueur des preuves écrites qui serontréclamées lors des réformations de la noblesse initiées par Colbert.

LE COMMERCE MARITIME NE DEROGE POINT

En Bretagne, le commerce de gros ne faisait pas perdre la noblesse et bonnombre de gentilshommes y cherchaient avec plus ou moins de profit de quoisuppléer à l'insuffisance ou à l'absence totale de revenus. Les ducs Jean Vet Pierre II (ordonnance du 19 décembre 1456) avaient garanti le maintien de lanoblesse à ceux qui marchanderaient en gros sans les détailler ni vendre à lamain. Des titres d'époque signalent comme "notable marchand deSaint-Pol" les membres de familles les plus qualifiées du pays : lesForget, Hamon, La Boëxière, Le Gluydic... En revanche, en Bretagne le commercede détail faisait "dormir" la noblesse. C'était une desparticularités fondée sur l'article 561 de la Coutume de Bretagne :

"les nobles qui font trafic de marchandises et usent de bourse communecontribueront pendant le tems du trafic et usage de bourse commune aux tailles,aides et subventions roturières. Et seront les acquêts faits pendant le tems,ou qui proviendront dudit trafic ou bourse commune partagés également pour lapremière fois : encore que soient d'héritages et fiefs nobles. Et leur seralibre de reprendre leur dite qualité de noblesse et privilège d'icelle,toutefois et quantes que bon leur semblera, laissant lesdits trafics et usage debourse commune et faisant de ce déclaration devant le prochain juge royal deleur domicile. Laquelle déclaration ils seront tenus de faire insinuer auregistre du grefe et intimer aux marguilliers de la paroisse du domicile, pourvuqu'après ladite déclaration ils se gouvernent et vivent comme appartient àgens nobles. Et en ce cas les acquêts nobles depuis par eux faits, serontpartagez noblement"

C'est à dire que tant que l'on exerçait une activité incompatible avec laqualité de noble, soit un art mécanique (travail manuel comme l'orfèvrerie,ce qui sera le cas de certains Coëtanlem), le commerce de détail ou une chargeinférieure comme procureur, on perdait cette qualité, ou plutôt elle étaiten sommeil. Pour récupérer sa qualité d'origine il suffisait de cesserl'activité qui était cause de dérogeance et de faire une déposition autribunal, déclarant se gouverner noblement (principalement se partagernoblement), vivre de ses rentes et servir aux bans et arrière-bans; la lecturede cette déclaration était faite au prône de la grande messe. Le 12 avril1499 à Plouezoch, lecture fut faite au prône de la grande messe d'un acte oùles paroissiens reconnaissaient les prééminences et intersignes de noblesseque Nicolas Coëtanlem, sgr de Keraudy, possédait en cette paroisse.

Le commerce constituait une étape pour s'enrichir et, aussitôt lepatrimoine constitué ou reconstitué, les ex-commerçants s'empressaient devivre noblement ou d'occuper des fonctions, comme celles de notaire ou avocat"de grande maison parfois, qui ne manquent point dans la ville à cause quele mestier d'advocat, pareillement au commerce de mer, ne desroge pas".L'exercice, et souvent le cumul, de ces charges judiciaires lucrativespermettait de consolider la fortune ainsi acquise. Les profits qu'ils avaienttirés du commerce étaient employés en acquisition de ferme des impôts,rentes et terres nobles qui donnaient une assise rurale. Aucune des grandesfamilles commerçantes de Morlaix et Saint-Pol n'avaient constitué de dynastiesde nobles commerçants sur plus de deux ou trois générations parce que lapratique demeurait occasionnelle.

La grande aventure commerciale étant interdite et souffrant d'uneréputation moyenne, on comprend que ceux qui s'y soient livrés aient eu destechniques commerciales rudimentaires et une optique d'enrichissement à courtterme.

A SAINT-POL, REPRESENTANT DE LA NOBLESSE, PUIS DU TIERS AUX ETATS

Le 15 janvier 1617, les gentilshommes, bourgeois et habitants du Minihy deSaint-Pol tinrent une assemblée et choisirent un procureur de chaque ordre pourveiller à la conservation des droits, privilèges et prérogatives des ordresrespectifs. Au nombres des gentilshommes étaient : Hamon de Kersauson, sr deGuenha, sénéchal des regaires, Hamon Le Jacobin, sr de Keramprat, substitut duprocureur du Roi, écuyer François Parcevaulx, sr du Prathir, Jean du Dresnay,sr de Kervarch... Hamon Coëtanlem, sr de Chef du Bois, Christien Coëtanlem, srdu Goazillou, Jean Kerscau etc... représentant le corps de la noblesse duMinihy, ils désignèrent Hamon Coëtanlem, sr de Chef du Bois, comme procureurdes nobles en remplacement de Jean du Dresnay, sr de Kervarch, dont le tempsétait expiré.

Le 3 février 1631, se tint une assemblée générale des habitants deSaint-Pol présidée par écuyer Hamon Coëtanlem, sieur de Chef du Bois,lieutenant de la cour de Saint-Pol;

Etaient présents : écuyer Hamon Le Jacobin, sr de Keramprat, procureurfiscal de cette cour, Guillaume L'Abbé, sr du Parc, syndic, assistaient ausside la noblesse : Jean du Dresnay, sr de Kervarch, Hamon Coëtanlem, sr deLaunay, Nicolas Kerozven, sr de Penvern, Jean Kermellec, sr de Keroulaouen,Christien Coëtanlem, sr de Goazillou, Yves Le Grand, sr de Kerantraon, HamonKerret, sr de Keravel. Assistaient du tiers : Prigent Le Hir, sr de Kermarquer,etc... Lesquels nommèrent son frère, écuyer Christien Coëtanlem, sr deGoazillou en tant que procureur des nobles (c'est à dire représentant desnobles aux assemblées de la communauté) du Minihy à la place du sieur deKerret Keravel.

Le 19 février 1632 se tint une assemblée générale des habitants deSaint-Pol auxquels fut exposé par écuyer Hamon Coëtanlem, sieur de Chef duBois, lieutenant de la juridiction de Saint-Pol, écuyer Christien Coëtanlem,sr de Goazillou son frère, et Hamon Coëtanlem, sr de Launay, son fils, faisanttant pour eux que pour Hervé Coëtanlem, écuyer, sr du Plessix :

"qu'il est notoire qu'ils ont toujours été employés par lacommunauté en leurs affaires les plus urgentes, et de plus grande conséquence,comme leur députés, tant pour la défense des procès que pour assister auxassemblées des états de la province et qu'autres affaires... et ledit sr deChef du Bois avait été nommé par la noblesse du canton pour leur procureur etledit sr de Goazillou l'être à présent; ayant été toujours observé quelors de l'institution d'un procureur syndic, les nobles du Minihy nomment l'und'entre eux pour leur procureur pour représenter et conserver leurs droits auxoccasions requérant la présente assemblée de leur donner pour connu ce quedessus et comme ils ont vu lesdit Coëtanlem vivre noblement et comme tels tenuset réputés au quartier.

" Christien Coëtanlem, sieur de Goazillou avait été député par lacommunauté de Saint-Pol aux Etats de Bretagne ; il y figura comme député duTiers, et n'y pouvait figurer autrement, attendu qu'il était pourvu d'office dejudicature qui privait les nobles du droit de siéger et de voter dans l'ordrede la noblesse pendant le temps qu'ils exerçaient des fonctions de juge.

Son fils, Hervé de Coëtanlem de Rostiviec, y assistera par contre avec lanoblesse.

LA REFORMATION DE 1668

Lors de la grande réformation de la noblesse menée par Colbert de 1668 à1671, pour des raisons principalement fiscales, l'attitude adoptée futdifférente selon les branches. La Bretagne n'avait pas connu de réformationsdepuis celle de 1543 et les familles avaient perdu l'habitude du contrôle destitres servant à prouver leurs privilèges.

Hervé de Coëtanlem, sr de Goazillou, demeurant à Saint-Pol, futdébouté le 8 juillet 1670 au rapport de M. de Lopriac et condamné à 400Livres.

Hamon Coëtanlem, sr de Launay, demeurant à Saint-Pol s'était aussi vudébouter le 23 juillet 1670 au rapport de La Bourdonnaye et condamné à 400livres d'amende.

Hamon Coëtanlem, sieur de Pratmeur, aîné de la famille,"chef de nomet armes" comme l'on disait alors, essaya en vain de faire reconnaîtreleur noblesse et se vit débouter le 27 janvier 1671, sur le rapport de M. deBréhant ; il dut payer 400 livres d'amende comme usurpateur de noblesse, fauted'avoir pu apporter des preuves suffisantes. Cet arrêt peut s'expliquer par lasituation économique très modeste où se trouvait à l'époque cette branche;il est possible qu'elle ait renoncé au partage noble, condition impérativepour la maintenue. D'autre part, les titres et papiers de leur famille étaientpassés par alliance dans les maisons de La Roche et de Kersaintgilly aveclesquelles les Coëtanlem de Rostiviec étaient brouillés. Lors de la naissancede son fils Claude en 1667, Hamon Coëtanlem est qualifié de "noblepersonne", mots sur lesquels a été fait un pâté d'encre pour lesmasquer, et réécrit au-dessus "escuier"...

Par contre, chez certains cadets qui avaient délaissé la noblesse, etdevant les échecs répétés de leurs cousins, l'attitude fut sans ambiguïté: Jacques de Coëtanlem, sieur du Plessis, avocat en la cour de Saint-Pol, sedésista de ses prétentions nobiliaires le 17 octobre 1668, bénéficiant de laréduction d'amende promise aux désistants, soit 100 livres.

Le patrimoine purement mobilier ou formé d'immeubles urbains ou roturiersentraîna une difficulté à produire des partages nobles, témoignage dugouvernement noble de la famille. Les désistement étaient souvent formulés"quant à présent", c'est à dire avec la réserve qu'ils seraientannulés si les déclarants réussissaient à découvrir des titres probants.

LE POINT D'HONNEUR

Les Coëtanlem de Rostiviec, alors cadets, étaient d'ailleursparticulièrement chatouilleux au sujet de leur noblesse : en 1688, Hervé deCoëtanlem se trouvant à Paris, eut un litige avec le sieur Bude deBlanchelande qui lui avait dit qu'il n'était pas gentilhomme. Ce différend futporté devant le tribunal du"point d'honneur". Les lieutenants desmaréchaux de France, juges du point d'honneur, avait été créés par édit duroi Louis XIV, de mars 1693 ; cet édit créait et érigeait en titre d'office,formé dans chaque bailliage et sénéchaussée, un lieutenant des maréchaux deFrance "pour connaître et juger des différends qui surviendront entre lesgentilshommes, ou autres faisant profession des armes, soit à cause des choses,droits honorifiques des églises, prééminences des fiefs et seigneuries, ouautres querelles mêlées avec le point d'honneur...". Leur rôle étaitessentiellement de conciliation.

Par jugement rendu par les maréchaux de France le 29 mai 1688, le sieurBude de Blanchelande fut condamné sur la vue des titres du suppliant à lereconnaître pour tel. La sentence obligea le sieur de Blanchelande à faire desexcuses à Hervé de Coëtanlem et à se rendre pour cela chez celui-ci, conduitpar un de leurs prévôts et en présence de ses amis.

LA VIE NOBLE

Mais jouissant d'une situation plus en vue puisque Hervé de Coëtanlem,sieur de Rostiviec, commandait pour le roi la ville et chateau de Morlaix, ilsjugèrent superflu d'entamer des négociations à ce sujet et de défendre leurcause . Peut-être aussi leur situation à Morlaix et leur réputation denoblesse alors bien établie leur paraissaient tenir lieu de preuvessuffisantes. Hervé de Coëtanlem de Rostiviec n'avait-il pas eu séance et voixdélibérative dans l'ordre de la noblesse aux assemblées des Etats tenus en1665, 1669, 1675, 1677, 1679, 1681, 1683, 1687, 1689, 1693 (En cette dernièretenue, il fit partie des députés nommés le 6 octobre pour examiner lescomptes de René Leprestre de Lezonnet, trésorier des Etats, qui se livrait àde nombreux abus), 1695 et 1699 ?

LA PREMIERE MAINTENUE

Tel n'était pas l'avis des agents du fisc. Vers 1698, Bernard de Coëtanlemde Rostiviec se vit inquiéter par le sieur François Ferrand, préposé aurecouvrement des amendes dues par les usurpateurs de noblesse, qui avait faitfigurer dans un rôle arrêté au conseil le 13 mars 1698, Hervé de Coëtanlem,son père, pour une somme de 2.200 livres, pour avoir pris la qualité de noble,au préjudice d'une prétendue renonciation faite par Christien de Coëtanlem le17 octobre 1668 (date à laquelle le dit Christien était déjà mort ; Enréalité, la renonciation avait été faite par Jacques de Coëtanlem, sieur duPlessis). Il est vrai qu'ils avaient été déboutés faute de produire lespreuves requises. A cette époque on traquait les faux nobles et on déboutaitles vrais au moindre défaut de preuve, afin d'accroître les recettes desimpôts et de faire rentrer un peu plus d'argent dans les caisses du trésorroyal. Bernard de Coëtanlem se mit alors au travail pour prouver leur noblesse; en juillet 1698, il se fait délivrer par la chambre des comptes de Nantes desextraits des réformations de 1443 et 1535, ainsi qu'un rôle de montre de 1536.

Bernard de Coëtanlem reçut l'injonction de payer en mars 1705 et vit mêmetout ses biens mis sous saisie par ordonnance de l'intendant Louis Bechameil deNointel. L'intendance lui avançait que Hervé de Coëtanlem, son père, avaitété condamné sur défaut de preuve comme usurpateur de noblesse par arrêt dela chambre de réformation du 8 juillet 1670. Il interjeta appel au roi et auxcommissaires pour la vérification des titres de noblesse qui lui firent droitsur son opposition au rôle de 1698. Sur sa noblesse, ils le renvoyèrent devantl'intendant Ferrand. En octobre 1708, il avait obtenu mainlevée des saisies pararrêt du Parlement de Bretagne.

De 1710 à 1742, Les Coëtanlem de Rostiviec paient pourtant la capitationnoble à Morlaix Saint-Martin.

Nonobstant cela, il fut poursuivi avec acharnement jusqu'au 18 février1715, date à laquelle il obtint un jugement par l'intendant de Bretagne qui ledéchargea du paiement de la somme de 2.200 livres et le maintint en la qualitéde noble et d'écuyer, lui et ses enfants nés et à naître en légitimemariage. Il est cependant utile d'observer que ce jugement fut rendu parl'intendance, à une époque où il était défendu au Parlement de connaîtredes affaires de noblesse. Le Parlement, comme nous allons le voir, attendrad'avoir récupéré cette prérogative pour les obliger à refaire leurs preuvesen 1772.

INQUIETES A NOUVEAU

En Bretagne, pays d'Etat et de Parlement, cette mesure ne suffisait pas àréhabiliter complètement la noblesse des Coëtanlem. Aussi ces derniersfurent-ils de nouveau et plusieurs fois inquiétés au cours du XVIIIe etaccusés d'être de faux nobles. Louis Le Guennec en furetant dans le grenier deTrogriffon y avait retrouvé un acte du XVIIIe relatant l'échec subi parMonsieur de Coëtanlem devant l'intendant de Bretagne au sujet de sesprétentions nobiliaires et d'un bien roturier qu'il s'était vainement efforcéde faire exempter comme bien noble.

Les 12 juillet et 12 août 1758, Hervé de Coëtanlem, sieur de Rostiviec,fit dresser procès-verbal par les juges royaux de ses prééminences enl'église Saint-Melaine de Morlaix. Il réclamait l'enfeu de la chapelle dite deJésus (Au XVIe siècle, cette chapelle avait porté le nom de saint Jacques),la deuxième à droite du côté de l'épître en entrant et joignant lesprééminences des seigneurs de Lesquiffiou, et déclarait n'avoir nul titre queses armes de supériorité "d'argent à la fleur de lys de sable,surmontée d'une chouette de même becquée et membrée de gueule". A cetteépoque on voyait encore dans le vitrail les armes des Coëtanlem avec celles defamilles alliées : Calloët de Lanidy, Le Borgne de Lesquiffiou, de L'Isle.

En 1759, écuyer Hervé de Coëtanlem, sieur de Rostiviec, revendiquaitencore comme lui appartenant dans la chapelle Saint-Nicolas à Morlaix, un bancclos avec accoudoirs, plus une tombe et quatre pierres tombales plates, lesquelsbancs et tombes lui provenaient de la succession d'Hervé de Coëtanlem etPerrine Le Gouverneur, ses grands-parents.

Malgré toutes ses démarches, Hervé de Coëtanlem s'étant inscrit sur laliste des nobles de l'évêché de Léon, se vit refuser l'entrée aux Etats deBretagne "rayé et renvoyé se pourvoir au parlement"..., lorsqueceux-ci tinrent leur session à Morlaix en 1772. Les commissaires des Etats semontrèrent intransigeants parce qu'une ordonnance royale du 10 février 1770avait prescrit aux nobles qui n'avaient pas produit, ou qui ayant étédéboutés lors des réformations de 1668, n'avaient obtenu des jugementsconfirmatifs qu'entre 1696 et 1729 (ce qui était leur cas, ayant étémaintenus à l'intendance en 1715), de faire les démarches nécessaires pour enobtenir en bonne et due forme auprès du Parlement sous peine de se voir exclusdes rangs de la noblesse aux Etats de Bretagne. Cette exclusion, dans la villemême où ils habitaient, était très humiliante pour les Coëtanlem et mettaiten suspicion l'authenticité de leur noblesse. D'autant plus qu'ils n'avaientété que quatre à être rayés pour l'évêché de Léon : Olivier Claude deMay, pour n'avoir point produit ses preuves, Claude de Kerimel de Kerveno, pourdérogeance temporaire, et M. de Chateaufur de Kervolan et lui"renvoyésse pourvoir".

UNE LETTRE ANONYME

Un long mémoire rédigé par Pierre Joseph Jean de Coëtanlem et adresséà un religieux (sans doute le directeur de conscience de Madame Gaudin duCoudray, sa future belle-mère) nous fait connaître que ces démarches en vuede la confirmation de noblesse n'avaient pas que l'honneur pour seul motif : Aumoment où Pierre Joseph Jean de Coëtanlem allait contracter mariage, la mèrede sa fiancée avait reçu une lettre anonyme, dont elle lui communiqua la copiesuivante, probablement expurgée.

Une à une, avec beaucoup d'esprit, il réfute toutes ces calomnies, prenantla peine de bien détailler la part des faits du mensonge et d'étayer sesréponses. Il confesse avoir naguère fréquenté des jeunes qui jouaient aubillard ; il reconnaît le penchant de son père pour la boisson :

"il est d'autant plus louable de s'en être corrigé que la chose estdifficile à tout âge ... il y a au moins deux ans qu'il n'a pas mis les piedsà l'auberge".

En ce qui concerne leur noblesse, il reconnaît que son père :

"fut renvoyé se pourvoir au parlement au désir de l'édit du Roi de1768 comme il n'avoit pas eu connaissance de cet édit, il ne s'y étoit pasconformé. Car jusqu'à cette époque on n'étoit pas tenu à cela et pourpreuve c'est que mon bisayeul qui n'était pas muni d'un tel arrêt étoitpensionnaire des états et avoit été honoré des commissions les plusdélicates ... l'arrêt qu'il a n'est pas par l'intendance, il estcontradictoire avec les traitants et commissaires départis en Bretagne pour lapoursuite des faux nobles..."

"M. de Perier...étant en Bretagne...avoit promis de demander unbrevet de garde-marine pour moi .. mais rendu à Paris il oublia ... il y avaitun si grand nombre de jeunes gens qui briguaient ces places-là qu'on ne pouvoitpas les admettre tous. En effet ce n'étoit pas faute de noblesse puisqu'onavoit envoyé en cour une copie collationnée de mon arrêt, certifiée parquatre gentilshommes du pays qui étoient Messieurs de Kerret Keravel, Guichen,Pennélé et Kerscau et que j'obtins la dessus une commission de volontaire,commission dont les princes du sang et les plus grands seigneurs se tiennentfort honorés..."

LA SECONDE MAINTENUE

Pour mettre fin à toutes ces tracasseries fiscales et à toutes cescontestations et calomnies, Hervé de Coëtanlem de Rostiviec chargea son filsPierre de recueillir les preuves authentiques de leur noblesse et de fairevaloir leurs droits devant le Parlement de Bretagne à Rennes. Le 30 avril 1776,il fit dresser procès-verbal des armoiries, enfeux et prééminencesappartenant aux Coëtanlem, dans la chapelle de Jésus à Saint-Melaine, dansl'église des Carmes et dans la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon, puis ilpartit pour Rennes avec tout le dossier et au mois de mai il présenta sarequête au Parlement. Cette procédure fut couronnée de succès par un arrêtdu parlement de Bretagne daté du 23 août 1776 et signé L. C. Picquet, quimaintenait la famille Coëtanlem dans la jouissance de ses prérogativesnobiliaires, la déclarait noble d'ancienne extraction et l'inscrivaitofficiellement sur le catalogue des gentilshommes de la province avec le titred'écuyer. Cet arrêt précisait leurs armes qu'avait déjà données Guy LeBorgne dans son armorial en 1667 : d'argent à la fleur de lys de sable,surmontée d'une chouette de même, membrée et becquée de gueule, et leursdevises : Germinavit sicut lilium et Florebit in aeternam ante Dominum . MadameGaudin du Coudray pouvait enfin marier sa fille à un gentilhomme.

Dès l'accord des Etats du 8 octobre 1776, Pierre Joseph Jean de Coëtanlem,profitant des droits que lui restituait l'arrêt du 23 août, assista aux Etatsde Bretagne qui eurent lieu à Rennes et y eut voix délibérative dans l'ordrede la noblesse. C'est dans cet ordre qu'il y assistera jusqu'aux derniers Etatsde 1789.


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